La Tour Paris 13, un exemple d’activisme transmédia

Nous sommes au début de l’année 2012. Dans le 13ème arrondissement de Paris, la tour du 5 rue Fulton est destinée à la démolition. En avril 2014, il ne restera d’elle qu’un tas de gravas et des nuages de poussières. Deux ans, c’est une durée suffisante pour métamorphoser cette tour et faire d’elle une œuvre d’art. C’est le projet transmédia et artistique ambitieux qu’a lancé la Galerie Itinerrance, une galerie parisienne spécialisée dans le street art.

 

Transmedia Paris 13 (3)

Une des façades de la tour Paris 13

 

À partir de mi-2012, c’est une centaine d’artistes qui va s’emparer de l’édifice à l’abandon et va la recouvrir de fresques de la cave jusqu’au toit. Les 9 étages et leurs 36 appartements de quatre à cinq pièces, parfois encore meublés, sont devenus le support d’artistes urbains de 18 nationalités différentes. En tout, ce sont 4 500 m² de surface au sol et autant de pans de murs et plafonds qui ont été investis, dans le but de créer la plus grande exposition collective de street art jamais réalisée. Le street art, par définition éphémère et condamné à disparaître, trouvait de fait un écho important avec la disparition programmée de l’édifice.

Les visites ont débuté le 1er octobre 2013. Pendant un mois, la tour est ouverte au public afin que quiconque puisse venir admirer les œuvres de ces artistes. L’événement se voit grandement amplifié grâce aux réseaux sociaux et notamment le système de tags Twitter et Instagram. C’est à ce moment que la notion de transmédia intervient. Les visites se terminaient le 31 octobre, le bâtiment fermera alors ses portes, puis sera démoli, détruisant ainsi l’intégralité du travail des street artistes. Un site internet éphémère est alors mis en place et c’est alors virtuellement que la découverte des œuvres se poursuit. Celui-ci propose une visite virtuelle de la tour à 360°, étage par étage, avec en prime des enregistrements sonores ainsi que des vidéos.

 

Transmedia Paris 13 (2)

Interface de visite de la tour sur le site internet

 

Mais avec la mise en ligne du site Tour Paris 13 c’est toute la puissance du transmédia qui donne une autre dimension au projet. L’engouement pour la tour Paris 13 est réel à tel point que sont apparues des pétitions pour prolonger la durée des visites avant la destruction (certaines ont reçu plusieurs milliers de signatures). Le hashtag TourParis13 permet de suivre l’ensemble des interactions sur les réseaux sociaux ; il les envahit littéralement.

Ainsi la Tour Paris 13 devient-elle un musée à la fois réel et virtuel, dont le contenu est perpétuellement enrichi par les visiteurs. On se déplace sur le site comme dans le réel lors de la visite de la tour. Cet aspect participatif a particulièrement suscité l’enthousiasme des internautes.

Comme le reste du dispositif transmédia mis en place (dont une application sur tablette), le site web éphémère a un but bien précis, outre celui de venir enrichir la visite réelle du projet : sauver les œuvres et leur offrir une seconde vie durable, cette fois sur Internet. De cette façon l’internaute est sensibilisé à une cause, d’autant plus que l’urgence du projet constitue un important facteur de motivation qui va le pousser à agir et réagir.

En cela, il représente un bel exemple d’une forme émergente du transmédia : l’activisme transmédia (en anglais transmedia activism). L’idée étant donc de permettre à une cause (sociétale, artistique etc.) de se déployer à travers un dispositif transmédia encourageant l’internaute à s’engager et à aboutir sur une action réelle. Il ne s’agit donc plus d’utiliser le transmédia comme moyen de raconter une histoire mais plutôt de l’utiliser comme moyen de raconter une cause.

 

 

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Si le site internet a su trouver une audience sans précédent sur un projet de ce type, c’est principalement parce qu’il jouait sur la participation des internautes comme voie d’enrichissement de son contenu. Mais là où le projet « Tour Paris 13 » innove réellement, c’est en attribuant un rôle tout particulier au public après l’arrêt des visites et la destruction de la Tour.

En effet, une fois les visites clôturées, les internautes pourront choisir en cliquant sur les œuvres reproduites sur le site dédié, celles qui seront exhumées, et sauvées de l’oubli. C’est une révolution profonde du rôle habituellement dévolu au public : de spectateur passif face à des œuvres qui lui sont présentées, il devient commissaire d’exposition d’un musée virtuel destiné à être pérenne sur le web. Au final, cinq jours avant la date fatidique, l’intégralité de la tour a été sauvée virtuellement par les internautes.

Ainsi le dispositif transmédia prend-il tout son sens : « l’après » de l’événement acquiert pour le public une dimension presque plus importante que l’événement lui-même. Un documentaire diffusé en 2014 sur France Ô a permis de retracer cette aventure en donnant accès au processus de création lui-même, puisque le réalisateur a suivi le travail des street artistes pendant six mois au sein de la Tour 13.

 

Transmedia Paris 13

Schéma du dispositif transmédia

 

G.L.

Image à la une: exemple d’œuvre réalisée à la Tour Paris 13

Diaporama: œuvre 1œuvre 2œuvre 3

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